Comment appelle-t-on l’arobase de par le monde?

Comment appelle-t-on l’arobase de par le monde? En anglais, où il tire son origine du commerce et de la tenue de livre, on l’appelle platement at sign. D’autres langues ont par contre usé de beaucoup plus d’imagination! Et ce genre de détail peut faire une grande différence. Voilà pourquoi, en traduction marketing ou publicitaire, on devrait toujours faire appel à un professionnel qui réside dans le pays visé et qui comprend bien les multiples connotations du langage local.

Bienvenue au zoo!

Pour nommer le a commercial, certaines langues ont des termes drôlement imagés :  en hébreu, on l’appelle le tourbillon; en néerlandais, apestaart, soit une queue de singe;  en italien, chiocciola, c’est-à-dire un escargot. L’image est ici simple et forte.

Le tchèque parle plutôt de zavinac, collation de harengs marinés roulés. En russe, on dit sabachka, chiot. Même chose en ouzbek, kuchukcha. En finnois, l’arobase se dit miuku-mauku ou miumau; vous l’aurez peut-être deviné : on fait référence ici au chat et à son miaulement. On dit kukac en hongrois, c’est-à-dire petit ver (de pomme!), et snabel en suédois, soit une trompe d’éléphant. En fait, la traduction littérale donnerait plutôt « un a avec une trompe »…

translation for marketing
Le zavinac tchèque

Comment Google Traduction traduit-il le caractère @?

La dissémination du langage technique dans le monde menace-t-il la survie de tels idiomes? Pour le vérifier, j’ai fait appel aux professionnels qui forment notre réseau mondial de partenaires. La grande majorité confirme que les termes locaux demeurent en usage. Je me suis ensuite demandée si le recours grandissant à la traduction automatique et à Google Traduction signait l’arrêt de mort de ces idiomes. J’ai donc mené des essais de traduction audio en plusieurs langues. Je m’attendais à ce que le fameux at demeure en anglais même à l’oral dans la traduction. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que la voix robotisée prononçait plutôt le terme local dans certaines langues pour la traduction de « jen@gmail.com » (adresse fictive).

Ainsi, en polonais, où l’arobase est appelée « singe », la voix robotisée a lu l’adresse de courriel ainsi : « jen singe gmail point com »; en tchèque, « jen collation de harengs marinés roulés gmail point com »; en hongrois, « jen ver gmail point com ». Les versions en suédois et en russe ont également préservé leurs idiomes respectifs. Toutefois, le finnois, le néerlandais et l’hébreu ont été rendus par le at anglais. Si les habitants de ces régions continuent d’utiliser un terme local, celui-ci semble avoir disparu aux yeux des internautes dans Google. Je n’en suis pas moins convaincue que la fameuse arobase a donné naissance à un zoo fantaisiste qui nous fera sourire pendant bien des années encore. De notre point de vue, il n’y a que le traducteur humain qui puisse capter et bien transférer ces subtilités régionales. C’est la raison pour laquelle Scriptis a recours à des professionnels de la traduction marketing qui connaissent bien la culture locale.

L’orgine des adresses de courriel

Comment le fameux a commercial est-il devenu un symbole universel dans les courriels? D’après le Smithsonian, c’est Ray Tomlinson, informaticien à BBN Technologies, qui le premier en a fait usage en 1970. Tomlinson travaillait à Arpanet, projet de recherche financé par le gouvernement et ancêtre de l’internet actuel. Pour envoyer un message d’un ordinateur à un autre, il lui fallait une « adresse » qui comprendrait le nom de l’utilisateur et le nom de son ordinateur. Il cherchait à relier les deux noms par un symbole utilisé rarement en programmation. Le choix du a commercial a presque été un coup de chance quand Tomlinson a remarqué le caractère @ au-dessus du « P » sur son téléscripteur modèle 33. « Je cherchais un symbole peu utilisé, (…) et il y avait peu de choix : un point d’exclamation, une virgule peut-être… J’aurais pu choisir le symbole = (égal), mais ça n’aurait pas eu grand sens. » Il a enfin opté pour le @, « ce qui a probablement évité à ce symbole de se voir effacé des claviers d’ordinateur comme ce fut le cas du symbole ¢ (cent) ».

Le premier courriel de l’histoire, envoyé par Tomlinson, n’a malheureusement pas été conservé. Nous n’avons donc pas de « Monsieur Watson, venez me voir, j’ai à vous parler » dans nos annales informatiques. Cela dit, d’après moi, ce premier courriel devait probablement se résumer à un seul mot : « test »! Il est assez rigolo quand même de penser que ce caractère bien tordu aurait pu un jour disparaître totalement de nos vies. Le sort en aura décidé tout autrement!